2nd degré (à prendre aux deux sens du terme) : [Le pseudO-rOmantique]

2nd degré (à prendre aux deux sens du terme) : [Le pseudO-rOmantique]
Voici le premier article d'une série de portraits visant à cerner la personnalité ainsi que les techniques d'approche visant la gente féminine propre aux garçons scolarisés dans un lycée d'élite. Il faut être armée en effet lorsque on s'aventure dans ce style de terrains douteux, puisque comme le dit l'adage, "mieux vaut être seule que mal accompagnée".


I) Le PseudO-rOmantique


Doté d'un potentiel physique, il est vr
ai, dépassant la moyenne des jeunes hommes scolarisés dans les lycées d'élite, le pseudo-romantique se croit irrésistible et a les chevilles qui enflent à vue d'½il. On le reconnaît à sa démarche sûre, la tête légèrement baissée ; démarche qui, semble-t-il penser, lui confère une allure de loveur à toutes épreuves. Surfant sur la vague du rock alternatif sans doute, il s'habille généralement dans les teintes noires-blanches-beiges.
Il porte à l'occasion d'immenses
lunettes de soleil, inspiré par le talentueux Luke Pritchard, mais en cela rend plutôt hommage à son idole, j'ai nommé la Mouche (leurs yeux peuvent en effet rivaliser quant à leur taille).

Hant
é par le cliché stipulant que le rose est indubitablement la couleur de l'amour, le pseudo-romantique peut-être aperçu avec des accessoires de ce coloris, notamment des parapluies ramenés les jours ou le soleil est de mise (il ne faudrait pas abîmer les dits parapluie, ces derniers étant essentiels dans la panoplie du pseudo-romantique), ainsi que des vestons, sans doute inspirés par Brandon Flowers ( notons tout de même que le pseudo-romantique, loin d'atteindre le charme du musicien précédemment cité, aggrave son mauvais goût quand au choix des tons et des couleurs). De plus, depuis que le pseudo-romantique a passé l'ASSR1 à l'âge si innocent de 12 ans, il rêve secrètement de draguer les filles depuis un bastion imprenable : la moto. Malheureusement, sûrement a cause de (ou grâce à ?) ses parents qui , eux, gardent le sens des réalités, l'engin infernal tant escompté n'est jamais arrivé, ni aux anniversaires, ni à Noël, et le pseudo-romantique s'est résigné sur son sort en achetant une veste en cuir qu'il porte quotidiennement ; le pseudo-romantique se révèle donc être aussi un pseudo-motard. Cependant, les chimères à califourchon ne l'ont pas abandonné pour autant, puisque le notre jeune homme a voulu ensuite s'essayer au cheval. Mais, face à la dure réalité de son milieu (le pseudo-romantique digère difficilement le fait d'habiter à Paris), celui-ci s'est vu contraint d'apaiser ses blessures en couvrant sa tête d'un chapeau de cowboy, unique vestige de ses rêves chevaliers.

Le pseudo-romantiqu
e, fort de ses lectures d'un niveau hautement intellectuel, il faut le rappeler – c'est vrai quoi, il a lu Mary Higgins Clark, et puis Bernard Werber ! – a vu en celles-ci une révélation de son « mOi » profond. C'est décidé : monsieur sera un littéraire, un vrai ! Cependant, dès les premières pages de l'Education sentimentale – entamée afin de renforcer son pouvoir de séduction, toujours – l'affaire se corse. Décidemment, la prose enflammée à coup de gueuloir de Flaubert, ce n'est pas pour lui. Après quelques autres veines tentatives de déchiffrage d'½uvres plus sibyllines les unes que les autres pour son esprit – il s'est notamment essayé à La confession d'un enfant du siècle, mais le début un tantinet politique de Musset l'a rebuté, une fois de plus – il a décidé que les ½uvres ayant plus de cent ans étaient arrivées à leur date de péremption (il n'y avait même pas la télévision à l'époque !), et que par conséquent, il était fort inutile de s'entêter dans ces lectures qui ne rimaient à rien (« je suis littéraire moi, pas archéologue »). Seul Baudelaire, rescapé de l'âge des mammouths enragés, comme chacun le sait bien entendu, trouve un intérêt à ses yeux. En effet, le pseudo-romantique estime que celui-ci était un véritable visionnaire en son temps : il partageait le loisir d'un nombre non négligeable d'adolescents, qui n'est autre que la consommation quotidienne de shit et autres paradis artificiels, leur consacrant même un ouvrage spécial. Et puis écrire :

« Ainsi je voudrais, une nuit
Quand l'
heure des voluptés sonne,
Ver
s les trésors de ta personne
Comme un l
âche ramper sans bruit

Pour châtier ta
chair joyeuse
Pour m
eurtrir ton sein pardonné,
E
t faire à ton flanc étonné
Une
blessure large et creuse,

Et, vertigin
euse douceur !
A tra
vers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles
T
'infuser mon venin, ma s½ur ! »


c'est
vraiment le pied !


Le pseudo-romantiqu
e travaille énormément son image auprès de la gente féminine, comme tout romantique qui se respecte. Ainsi parle-t-il – ou tente-t-il de parler – avec une voix rocailleuse et posée, se prenant ainsi à une course de la lenteur jamais engagée avant lui, ce qui le fait apparaître plus shooté, à vrai dire, que séduisant. Mais bon, entre le fond et la forme, à fortiori entre la pertinence du discours et la manière plus ou moins sexy dont celui-ci est proféré, il faut choisir !...et le pseudo-romantique l'a bien compris.
Et le plus
affligeant dans l'histoire, c'est que cela semble porter ses fruit, vu le nombre de filles qu'il traîne à ses pieds ; cependant, le pseudo-romantique, comme son nom l'indique, se veut romantique ; il se contente par conséquent de changer de copine comme de sac (on arrive donc à une fréquence de deux par an dans l'un et l'autre cas).

Ne soyons pas trop méchantes toutefois : il se pourrait bien en effet que le pseudo-romantique soit le seul parti potentiel qui se présente à nos yeux durant nos trois ans de scolarité pré-bac.

Mais les lycées d'élite, c'est quand même un coup à se faire none, pour sûr !

# Posté le mardi 19 juin 2007 05:31

Modifié le mardi 10 juillet 2007 09:23